La maladie auto-immune et les bactéries intestinales

Une étude de l’université apporte la preuve d’un lien entre le microbiote intestinal et des maladies auto-immunes. Une bactérie intestinale, Enterococcus gallinarum, semble favoriser une réponse auto-immune chez la souris, mais aussi chez l’Homme. Dans le lupus érythémateux systémique, une maladie auto-immune, la formation d’auto-anticorps implique apparemment des bactéries intestinales et cutanées qui ressemblent aux structures propres de l’organisme.

Qu’est-ce qu’une maladie auto-immune ?

Une maladie auto-immune est une pathologie au cours de laquelle le système immunitaire agresse ses propres constituants. Normalement, le système immunitaire est éduqué pour respecter les cellules de notre corps. Lors de cette maladie, il se retourne contre elles en les considérant comme étrangères. Cela va créer une réaction inflammatoire.

Le système immunitaire doit d’abord reconnaître des substances étrangères ou dangereuses avant de pouvoir défendre le corps contre ces substances. Il peut s’agir de bactéries, virus, parasites (tels que des vers), de certaines cellules cancéreuses, voire d’organes et de tissus greffés. Ces substances contiennent des molécules identifiables par le système immunitaire, et capables de stimuler une réponse de celui-ci. Ces molécules sont dénommées antigènes. Les antigènes peuvent se trouver à l’intérieur ou à la surface des cellules (telles que des bactéries ou des cellules cancéreuses) ou faire partie d’un virus. Certains antigènes, tels que des pollens ou des molécules alimentaires, existent par eux-mêmes.

Les cellules des propres tissus d’une personne contiennent également des antigènes. Toutefois, en temps normal, le système immunitaire ne réagit qu’aux antigènes des substances étrangères ou dangereuses, non à ceux des propres tissus de la personne. Néanmoins, un dysfonctionnement du système immunitaire le pousse parfois à interpréter les propres tissus de son corps comme étant étrangers et à produire des anticorps (appelés auto-anticorps) ou des cellules immunitaires qui ciblent et attaquent spécifiquement des cellules ou des tissus du corps. Cette réponse est appelée réaction auto-immune. Elle induit une inflammation et une lésion des tissus. Ces effets peuvent être constitutifs d’une maladie auto-immune, mais de nombreuses personnes produisent de si petites quantités d’auto-anticorps que cela n’entraîne pas ce type de maladie. Le fait d’avoir des auto-anticorps dans le sang ne signifie pas qu’une personne est atteinte de cette maladie.

Il existe de nombreuses maladies auto-immunes. On compte parmi elles, les plus fréquentes la maladie de Graves, la polyarthrite rhumatoïde, la thyroïdite d’Hashimoto, le diabète de type 1, le lupus érythémateux systémique (lupus) ainsi que la vascularite. La maladie d’Addison, la polymyosite, le syndrome de Sjögren, la sclérose systémique progressive, de nombreux cas de glomérulonéphrite (inflammation des reins), ainsi que certains cas d’infertilité, sont d’autres troubles que l’on pense être auto-immuns.

Le lupus érythémateux disséminé

Dans les maladies auto-immunes, le système immunitaire s’attaque à l’organisme : c’est le cas par exemple du lupus érythémateux disséminé. Dans une étude parue dans la revue Science, des chercheurs se sont intéressés au rôle joué par une bactérie intestinale, Enterococcus gallinarum, qui a pour particularité de quitter l’intestin et de rejoindre des ganglions lymphatiques, le foie ou la rate. Chez des souris prédisposées à cette maladie, lorsqu’elle se trouvait en dehors de l’intestin, la bactérie favorisait l’inflammation et la production d’auto-anticorps, à savoir des anticorps dirigés contre le Soi. Ces résultats ont été confirmés in vitro avec des cellules humaines. De plus, la bactérie a été trouvée dans le foie de patients souffrant de cette maladie, mais pas chez des personnes en bonne santé. L’un des éléments déclencheurs de la maladie rhumatismale inflammatoire “lupus érythémateux systémique (LED)” pourrait être une bactérie intestinale qui ressemble aux propres structures du corps.

Dans le lupus érythémateux, le système immunitaire attaque les tissus et les organes corporels et provoque une réaction inflammatoire. Les articulations, les reins et la peau sont les principales cibles de cette défense mal orientée. Les personnes touchées sont principalement des femmes en âge de procréer. Ils souffrent de douleurs rhumatismales, souvent associées à de la fièvre. Ils souffrent d’une rougeur en forme de papillon sur le visage, d’une perte de cheveux sur la tête et d’ulcères douloureux dans la bouche. Cependant, des organes vitaux comme le cœur sont également touchés. Dans le passé, la maladie se terminait souvent par une issue fatale. Aujourd’hui, la plupart des patients vivent une vie quotidienne largement normale grâce aux médicaments qui atténuent l’agressivité du système immunitaire.

Antibiotiques et vaccins contre maladie auto-immune

Les scientifiques ont réussi à empêcher l’activité auto-immune de la bactérie chez la souris grâce à des antibiotiques (vancomycine) ou un vaccin contre E. gallinarum. Ces deux méthodes empêchaient la croissance de la bactérie dans les tissus. Le vaccin était administré dans le muscle. Chez des personnes prédisposées à cette maladie, une bactérie intestinale pourrait donc participer à la maladie. Le traitement par antibiotiques ou par un vaccin ouvre de nouvelles perspectives. D’après les auteurs de l’étude, ces résultats sont particulièrement intéressants pour le lupus érythémateux disséminé et l’hépatite auto-immune.

De multiples facteurs de risque

De nombreux facteurs sont liés à la survenue des maladies auto-immunes, comme les hormones sexuelles, les femmes étant plus souvent touchées que les hommes, la thyroïdite auto-immune par exemple survient dans 80% des cas chez des femmes. Le terrain génétique est important, d’où le caractère souvent familial de ces maladies. La fréquence du diabète de type 1 passe par exemple de 0,4 % dans la population générale à 5 % chez les apparentés d’un diabétique. Des dizaines voire des centaines de gènes, souvent impliqués dans l’immunité, ont été associés à chaque maladie auto-immune. Certains interviennent dans l’identité biologique de l’individu, codant des protéines de reconnaissance du soi situées à la surface de nos cellules, comme le gène HLA-B27, un gène présent chez plus de 80 % des malades atteints de spondylarthrite ankylosante mais chez seulement 7 % des sujets sains.

L’environnement – exposition aux microbes, à certaines substances chimiques, aux U.V., tabagisme, joue également un rôle majeur. Pour certains, l’augmentation de la prévalence des maladies auto-immunes dans les pays industrialisés serait une conséquence de l’hygiène et de l’utilisation des antibiotiques. Etre moins soumis à l’épreuve des infections pourrait être un facteur de risque.

Les symptômes de la maladie

Les symptômes varient en fonction de la maladie et de la partie du corps affectée. Certaines maladies auto-immunes affectent certains types de tissus de l’organisme, par exemple, les vaisseaux sanguins, les cartilages ou la peau. D’autres maladies touchent un organe particulier. Pratiquement n’importe quel organe peut être affecté, y compris les reins, les poumons, le cœur ou le cerveau. L’inflammation et les lésions tissulaires qui en résultent peuvent provoquer des douleurs, des déformations articulaires, une faiblesse, un ictère, des démangeaisons, une difficulté respiratoire, une accumulation de liquide (œdème), un délire, voire la mort.

Diagnostics de maladies auto-immunes
Le diagnostic repose sur des éléments cliniques et biologiques, parfois complétés de données génétiques et d’imagerie. Il repose sur :
– L’exploration pour faire le diagnostic, elle se fait habituellement en 3 phases. La première consiste, grâce à l’interrogatoire à dépister s’il existe des signes qui peuvent orienter vers le dysfonctionnement d’un organe. La deuxième phase consiste à faire des examens simples pour rechercher ce dysfonctionnement, comme faire une bandelette urinaire pour recherche des protéines anormales dans les urines. La troisième phase est du domaine du spécialiste, pour explorer de façon plus fine les atteintes, en effectuant parfois des prélèvements de l’organe atteint (biopsie) si besoin.
– Un bilan biologique (prise de sang) pour rechercher : une inflammation, des anomalies immunologiques (auto-anticorps), des anomalies traduisant un dysfonctionnement d’organe et la recherche systématique des complications possibles

Devant une maladie auto-immune non spécifique d’organe, il est prudent de rechercher, même parfois en l’absence de signe clinique, des atteintes de différents organes. Le rein, le poumon, le cœur et le système nerveux doivent faire l’objet d’une surveillance attentive et régulière.

Les causes

L’origine des maladies auto-immunes reste mal connue. Une association de plusieurs facteurs environnementaux, hormonaux, génétiques, médicamenteux, infectieux et psychologiques est fort probable. La responsabilité respective de chaque facteur dans la survenue de cette maladie n’est pas connue et va dépendre du type de maladie auto immune sous-jacente. On parle de maladie d’origine multifactorielle.

Les lymphocytes et le système immunitaire

Les lymphocytes sont des globules blancs (leucocytes) qui jouent un rôle important dans le système immunitaire. Ils identifient et permettent de neutraliser des agents pathogènes présents au sein de le corps. Les lymphocytes sont des cellules de petite taille. Ils sont relativement nombreux et représentent entre 20 et 40% des leucocytes circulant dans l’e corps. On distingue généralement trois groupes de lymphocytes : les lymphocytes B, les lymphocytes T et les lymphocytes NK.

La synthèse et la maturation des lymphocytes se déroulent au niveau de deux types d’organes :

– lymphoïdes primaires, dont font partie la moelle osseuse et le thymus ;

– lymphoïdes secondaires, ou périphériques, qui incluent notamment la rate et les ganglions lymphatiques.

Comme tous les leucocytes, les lymphocytes sont synthétisés au sein de la moelle osseuse. Ils vont ensuite migrer vers d’autres éléments lymphoïdes pour poursuivre leur maturation. La différenciation des lymphocytes T a lieu au sein du thymus tandis que la maturation des lymphocytes B se déroule au sein de tissus lymphoïdes secondaires.

Traitements

On ne guérit pas à proprement parler d’une maladie auto-immune mais les traitements permettent de réduire, voire de supprimer, les symptômes. Toutefois, il est parfois nécessaire de suivre un traitement à vie. Il existe plusieurs stratégies thérapeutiques. La première consiste à administrer des médicaments afin de pallier la dysfonction de l’organe touché, par exemple, l’insuline pour le diabète, ou la thyroxine pour les pathologies thyroïdiennes. Une autre stratégie vise à diminuer l’inflammation et l’activité du système immunitaire. On utilise alors des corticoïdes, ou encore des immunosuppresseurs.