Transplantation fécale : une solution pour remplacer une flore intestinale malade

Après un traitement par une transplantation fécale, des chercheurs ont constaté une repopulation réussie de l’intestin chez des patients souffrant d’une inflammation chronique de la muqueuse intestinale (colite ulcéreuse). Dans cette thérapie alternative inhabituelle, la flore intestinale (microbiote intestinal) de donneurs sains est transférée à des personnes souffrant de maladies intestinales.

Maladies inflammatoires chroniques de l’intestin

En Europe, environ deux millions de personnes souffrent de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin. En raison de la destruction progressive des tissus, l’ablation chirurgicale de segments intestinaux est souvent nécessaire. La maladie de Crohn et la colite ulcéreuse sont les manifestations les plus courantes de ces maladies, dont les causes exactes sont encore largement méconnues. Outre les facteurs génétiques et les influences environnementales telles que le mode de vie, une flore intestinale perturbée est également tenue pour responsable du déclenchement des maladies. Une guérison complète n’est pas possible. “Si les traitements médicamenteux actuels échouent, l’ablation de certaines parties de l’intestin enflammé est actuellement le dernier recours”, explique un gastro-entérologue.

L’idée de transférer des matières fécales dans son propre corps provoque naturellement un certain dégoût. Dans de nombreuses maladies infectieuses et diarrhéiques chroniques, le microbiote intestinal est massivement altéré. L’objectif de la transplantation fécale est donc de restaurer le microbiote intestinal naturel et d’améliorer ainsi l’état de la maladie. “Des méta-études ont montré que la transplantation contrôlée du microbiote fécal de donneurs sains est un traitement sûr et très efficace pour les maladies diarrhéiques dont l’agent causal est le germe Clostridium difficile”, rapporte un gastro-entérologue et auteur principal de l’étude : “’est la raison pour laquelle on a également envisagé cette thérapie pour traiter les patients atteints de maladies intestinales chroniques.”

“Jusqu’à présent, il n’a jamais été vérifié scientifiquement si et comment une transplantation fécale réussie conduit à la colonisation permanente des patients par les bactéries intestinales de donneurs sains”, explique le chercheur. “On a donc utilisé des méthodes modernes de séquençage de l’ADN pour suivre pour la première fois la composition du microbiote intestinal des patients sur une période allant jusqu’à trois mois après le traitement.”

La transplantation fécale

L’écosystème intestinal de chaque patient a réagi très différemment à la transplantation fécale. Les bactéries intestinales des donneurs ont pu être détectées chez les patients, mais à des moments différents et à des fréquences différentes. “Bien que les mécanismes soient inconnus, le moment de la recolonisation de l’intestin par les bactéries des donneurs rappelle la succession d’une forêt après une tempête”, explique le microbiologiste  : “Les espèces pionnières colonisent d’abord la zone déboisée, dans ce cas l’intestin enflammé, et modifient l’écosystème pour que d’autres espèces puissent coloniser.”