Pourquoi la myopie augmente-t-elle parfois d’année en année ?

Un optométriste ajuste un phoroptère devant un enfant assis à un poste d'examen de la vue dans un cabinet d'optique.
15 septembre 2026

L’ordonnance de votre enfant a changé depuis le dernier examen de la vue, et la vôtre aussi. Faut-il s’en inquiéter ? La progression de la myopie est un phénomène documenté, en particulier pendant la croissance : en France, près d’un adulte sur deux est myope, selon une étude de la Société Française d’Ophtalmologie. Comprendre pourquoi cette correction évolue — et surtout savoir reconnaître les évolutions qui méritent une consultation rapide — transforme une inquiétude floue en repères concrets.

Réponse directe : oui, la myopie augmente dans de nombreux cas d’une année sur l’autre, notamment chez l’enfant et l’adolescent en croissance. Cette progression résulte le plus souvent de l’allongement naturel du globe oculaire, mais une dégradation rapide ou inhabituelle doit toujours être évaluée par un professionnel de la vision.

Cet article explique le mécanisme de la myopie, les facteurs qui accélèrent sa progression, les formes qu’elle peut prendre et les signaux d’alerte à connaître. Des repères préventifs concrets complètent l’ensemble, pour vous comme pour votre enfant.

La myopie évolue-t-elle vraiment d’une année sur l’autre ?

Oui, et ce phénomène concerne directement de nombreux foyers français. Une étude de la prévalence de la myopie en France menée par la Société Française d’Ophtalmologie auprès de plus de 3 millions d’adultes situe cette prévalence à prévalence de la myopie en France 44,14 %, tous degrés confondus, sur des données collectées entre 2013 et 2018. Être myope n’a donc rien d’exceptionnel, et voir sa correction évoluer non plus.

Cette progression concerne surtout les enfants et les adolescents en pleine croissance. Chez l’adulte jeune, la myopie faible se stabilise le plus souvent, comme le rappelle l’Assurance Maladie. Autrement dit, une ordonnance qui bouge légèrement à chaque contrôle annuel chez un enfant de 9 ans relève fréquemment d’une évolution physiologique, pendant que la vision d’un adulte de 38 ans se stabilise plutôt, même si de légères variations restent possibles.

La question n’est donc pas seulement « pourquoi la myopie augmente-t-elle ? » mais « quelle progression reste habituelle et laquelle mérite une consultation ? ». C’est cette grille de lecture que les sections suivantes construisent pas à pas.

Comprendre la myopie : un œil qui grandit, une vision qui floute

La myopie est un trouble de la réfraction qui empêche l’œil de former correctement l’image d’un objet éloigné sur la rétine. Celle-ci se forme alors en avant de la rétine, ce qui rend la vision de loin floue, tandis que les objets rapprochés restent généralement bien visibles. Chez l’enfant, la myopie est fréquemment liée à un allongement excessif du globe oculaire, qui modifie la manière dont les rayons lumineux convergent à l’intérieur de l’œil.

Cette notion de longueur axiale de l’œil constitue la clé de tout le sujet. L’œil grandit comme le reste du corps : un peu comme un ballon qui grossit, le globe oculaire s’allonge au fil de la croissance. Plus il s’allonge, plus l’image se focalise en avant de la rétine, et plus la correction nécessaire augmente. Une ordonnance qui évolue chez un enfant reflète donc souvent ce mécanisme de croissance, et non une maladie qui s’aggraverait.

À retenir : la myopie progresse parce que l’œil grandit. L’allongement de la longueur axiale déplace le point de mise au point de l’image en avant de la rétine — un phénomène physiologique, surtout pendant l’enfance et l’adolescence.

Gros plan sur les mains d'un praticien réalisant une mesure oculaire avec un biomètre dans un cabinet d'ophtalmologie.

L’allongement de la longueur axiale de l’œil explique mécaniquement pourquoi l’image se forme devant la rétine.

Cette distinction entre myopie de développement et myopie évolutive anormale désamorce une idée reçue fréquente : la progression d’une correction n’est pas automatiquement « la faute aux écrans ». L’explication mécanique — la croissance oculaire — reste le premier repère à garder en tête avant d’examiner les autres facteurs.

Quels facteurs accélèrent la progression de la myopie ?

La progression de la myopie est multifactorielle : aucun facteur n’agit seul, et c’est leur combinaison qui explique les évolutions observées. Trois grandes familles de facteurs sont documentées.

L’hérédité occupe une place centrale. Un enfant dont l’un ou les deux parents sont myopes présente un risque plus élevé de devenir myope et de voir sa myopie progresser. L’âge d’apparition compte également : plus la myopie se déclare tôt, plus la croissance oculaire restante laisse de temps à la correction pour évoluer. Deux enfants du même foyer, exposés aux mêmes écrans, peuvent d’ailleurs connaître des évolutions très différentes — une illustration pédagogique de cette part génétique, et non une donnée clinique.

Le travail de près prolongé — lectures longues, travaux scolaires, usage intensif des écrans de près — est associé à un risque accru de progression. Les écrans entrent dans cette catégorie, mais ils ne sont pas la cause unique : c’est l’effort visuel prolongé à courte distance qui est en cause, quel que soit le support. Cette nuance compte pour cesser de culpabiliser sur le seul temps d’écran tout en gardant des habitudes raisonnables.

Le manque de lumière naturelle constitue le troisième facteur à prendre en compte. Une exposition régulière à la lumière extérieure pourrait favoriser la production de dopamine par la rétine, un neurotransmetteur impliqué dans la régulation de la croissance de l’œil. Ce mécanisme fait encore l’objet de recherches, mais il contribue à expliquer l’intérêt accordé au temps passé en plein air dans la prévention de la myopie. Le phénomène prend d’autant plus d’ampleur que le nombre de personnes myopes âgées de 12 à 54 ans aurait doublé en Europe.

  • L’hérédité et un début précoce de la myopie augmentent le risque de progression.
  • Le travail de près prolongé (écrans inclus, mais pas seulement) est un facteur associé.
  • Le manque de lumière naturelle et de temps en extérieur est également impliqué.
  • Aucun de ces facteurs n’agit isolément : la progression résulte de leur combinaison.

Tout savoir sur la myopie : ses formes et son suivi dans le temps

Toutes les myopies ne se valent pas, et distinguer leurs formes aide à situer sa propre situation sans dramatiser. L’Assurance Maladie distingue la myopie faible, la plus fréquente, inférieure à 6 dioptries, qui se stabilise généralement chez l’adulte jeune, de la myopie forte, plus rare, généralement supérieure à 6 dioptries, qui peut s’accompagner de complications comme le décollement de rétine et nécessite un suivi adapté. Entre les deux s’inscrit la notion de myopie évolutive : une myopie dont la correction continue d’augmenter de manière marquée au fil des contrôles, qui justifie une surveillance rapprochée par un ophtalmologiste.

Le suivi régulier de la vue repose sur trois professionnels complémentaires. L’ophtalmologiste pose le diagnostic, prescrit la correction et surveille l’évolution ; l’orthoptiste réalise des bilans fonctionnels de la vision ; l’opticien assure le suivi de la correction au quotidien, à partir d’une ordonnance. Pour un enfant myope, ce circuit permet de documenter l’évolution d’une année sur l’autre et d’ajuster la correction optique en conséquence. Pour approfondir l’ensemble de ces mécanismes, un guide complet sur la myopie est disponible sur le site atol.fr.

Ce suivi prend tout son sens quand on sait que la prévalence de la myopie progresse à l’échelle européenne, comme le rappelle l’Inserm. Repérer tôt une évolution atypique chez un enfant permet d’en parler à l’ophtalmologiste sans attendre que la gêne devienne handicapante — sans pour autant transformer chaque contrôle annuel en source d’angoisse.

Quand faut-il s’inquiéter d’une myopie qui s’aggrave ?

Une progression régulière et modérée chez un enfant en croissance relève le plus souvent du développement physiologique décrit plus haut. En revanche, certains signes doivent conduire à consulter sans attendre le prochain rendez-vous programmé. L’Assurance Maladie précise que la myopie forte, généralement supérieure à 6 dioptries, peut s’accompagner de complications comme le décollement de rétine : c’est précisément pourquoi une dégradation inhabituellement rapide ou des symptômes visuels nouveaux justifient un avis médical.

Signes qui justifient une consultation rapide : une dégradation visuelle brutale ou rapide, une vision déformée (les lignes droites paraissent ondulées), une sensibilité soudaine à l’éblouissement, l’apparition de corps flottants ou d’éclairs lumineux, ou des maux de tête répétés accompagnés d’une vision floue persistante. Chez un enfant : il plisse les yeux pour regarder au loin, se rapproche anormalement des écrans ou du tableau à l’école. Ces signes ne constituent pas un diagnostic, mais des motifs de consultation.

Concernant le rythme de progression jugé anormal, les sources institutionnelles disponibles ne fournissent pas de seuil chiffré universel en dioptries par an. Aucun chiffre ne peut donc être avancé ici : c’est l’ophtalmologiste, en comparant les examens de la vue successifs, qui évalue si l’évolution reste dans une fourchette habituelle ou s’en écarte. Cette limite ne rend pas le repère inutile — elle déplace simplement l’évaluation là où elle a un sens : chez le professionnel qui dispose de l’historique complet.

Un scénario concret aide à situer l’action : un parent constate que la correction de son enfant augmente à chaque contrôle annuel, sans symptôme particulier. La démarche utile consiste à conserver chaque ordonnance pour documenter l’évolution, à mentionner cette progression régulière à l’ophtalmologiste, et à consulter plus tôt uniquement si l’un des signes listés ci-dessus apparaît. Cette organisation évite à la fois la banalisation et la sur-inquiétude.

Une adolescente plisse les yeux pour lire un livre dans la cour d'un collège.

Plisser les yeux pour voir de loin peut être un des premiers signaux qui doivent mener à une consultation.

Limiter la progression : les habitudes qui comptent au quotidien

Aucune habitude de vie ne remplace le suivi professionnel, mais plusieurs gestes documentés complètent utilement la correction adaptée. Ils portent sur le temps en extérieur, l’organisation du travail de près et la régularité des examens.

Les habitudes à instaurer dès cette semaine
  • Multiplier les moments en extérieur pour l’enfant : la lumière naturelle est associée, selon les travaux de l’Inserm, à un meilleur contrôle de la croissance oculaire (mécanisme dopaminergique encore à l’étude).
  • Fractionner le travail de près : alterner périodes de lecture ou d’écran avec des pauses visuelles en regardant au loin, quel que soit le support.
  • Programmer les examens de la vue réguliers pour toute la famille, et conserver les ordonnances pour suivre l’évolution d’une année sur l’autre.
  • Signaler sans attendre tout symptôme nouveau à l’ophtalmologiste, plutôt que d’attendre le prochain rendez-vous.

Pour une famille vivant en ville, intégrer le temps extérieur dans la routine scolaire — trajets à pied, récréations, activités de week-end dehors — représente le levier le plus simple à activer. Ces habitudes ne promettent pas d’arrêter la progression : elles s’inscrivent dans une logique de réduction des facteurs de risque, en complément du suivi.

La correction optique adaptée reste par ailleurs la base : une ordonnance à jour conditionne le confort visuel de l’enfant comme de l’adulte, et les options de correction de la myopie chez les jeunes adultes peuvent être explorées avec les professionnels de la vision quand la stabilisation est acquise.

Une mère aide son enfant à essayer des lunettes dans le rayon optique d'une pharmacie.

Chez l’enfant, la croissance oculaire naturelle accompagne souvent une correction à ajuster régulièrement.

Les causes d’apparition de la myopie relèvent de mécanismes proches de ceux décrits ici : comprendre pourquoi un défaut de réfraction se déclare aide à mieux saisir pourquoi il évolue. Pour poser les bases sur l’ensemble des défauts visuels, vous pouvez également comprendre les troubles visuels de l’œil avant de repartir avec une vue d’ensemble plus claire.

Vos questions sur la progression de la myopie
Les écrans font-ils vraiment augmenter la myopie ?

Les écrans ne sont pas la cause unique. C’est le travail de près prolongé qui est associé à la progression de la myopie, quel que soit le support (livre, tablette, console). L’hérédité et le manque de lumière naturelle pèsent également. La culpabilité liée au seul temps d’écran n’est donc pas fondée : la combinaison des facteurs prime.

Ma correction augmente tous les deux ans à l’âge adulte : faut-il s’inquiéter ?

Chez l’adulte jeune, la myopie faible se stabilise généralement, mais de légères variations restent possibles. Une évolution lente et modérée, sans symptôme, relève d’une surveillance classique. Une dégradation rapide ou accompagnée de signes inhabituels (éblouissement, déformation des lignes droites) justifie en revanche une consultation rapide chez l’ophtalmologiste.

À quel rythme faire contrôler la vue d’un enfant myope ?

Le rythme de suivi est fixé par l’ophtalmologiste en fonction de l’âge de l’enfant, de l’antécédent familial et de la vitesse d’évolution observée. Un contrôle annuel est fréquemment proposé chez l’enfant myope en croissance, mais seul le professionnel peut confirmer la fréquence adaptée à chaque situation. Conserver chaque ordonnance facilite le suivi de la progression.

Est-ce que la myopie va se stabiliser ?

Dans la majorité des cas de myopie faible, la correction se stabilise chez l’adulte jeune, selon l’Assurance Maladie. Une myopie qui continue d’évoluer de façon marquée à l’âge adulte correspond en revanche à une myopie évolutive qui mérite un avis médical. L’historique des examens de la vue permet à l’ophtalmologiste de se situer entre ces deux trajectoires.

Limite de cet article :

Cet article fournit une information générale fondée sur des sources de santé publique françaises (Assurance Maladie, Inserm, Société Française d’Ophtalmologie). Il ne remplace ni un examen de la vue ni un avis médical personnalisé : toute question sur votre situation ou celle de votre enfant doit être posée à un ophtalmologiste ou à un professionnel de la vision.

Une myopie qui augmente d’année en année reflète souvent un œil qui grandit, surtout chez l’enfant — mais la frontière avec une évolution atypique se joue sur des signes précis : vitesse de dégradation, symptômes visuels nouveaux, antécédents familiaux. Documenter les ordonnances successives, préserver du temps en extérieur et organiser des examens réguliers transforment l’inquiétude en suivi structuré. La prochaine étape la plus utile : noter vos questions pour le prochain examen de la vue, pour vous comme pour votre enfant.

Rédigé par Léa Mortier, rédactrice spécialisée et auteure dans le domaine de la santé visuelle, s’intéresse aux troubles de la réfraction et aux différentes questions liées au suivi de la vue. Ses articles privilégient une approche claire et pédagogique afin de rendre les informations sur l’optique et la santé visuelle accessibles au grand public.

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